J'ai découvert la Patafix à dix ans. Cette période fut également celle où ma mère finit par accepter de voir la tête de Lorie multipliée sur mes murs, entre deux posters de la star ac'. La Patafix m'apparaissait comme la plus belle invention des hommes. J'en avais une énorme boule dans un tiroir de mon bureau. Je collais, décollais, recollais encore.. J'ai dû passer des après-midi entiers perchée sur un tabouret à modifier la décoration des murs de ma chambre. J'étais tellement emballée qu'un jour, une partie du papier peint que j'avais à l'époque partit avec la Patafix. Je m'empressai de masquer le trou par un poster de Lorie en [affreuse] combinaison bleue, et décidai ce jour-là que je ne changerai plus jamais les affiches de place. Et puis le papier peint a été remplacé par de la peinture, les posters de Lorie ont disparu, remplacés par une affiche de Tryo récupérée au Rock dans tous ses Etats et un poster de Nirvana, longtemps envié par Joséphine.
Aujourd'hui je suis tombée sur les restes de cette boule de Patafix, collée au fond d'un caisson, sous mes cours de troisième. Elle avait souffert la pauvre. J'ai aussi découvert une lettre écrite il y quatre ans par celle qui était à l'époque ma meilleure amie. Et j'ai réalisé qu'un peu partout dans ma chambre, il restait des vestiges de notre amitié. Des cartes postales, des photos, des lettres.. Oubliées et pourtant toujours présentes. Dans ces moments tout remonte à la surface: nos après-midi entiers à jouer à l'agent immobilier, avec nos gros classeurs Diddl que l'on emmenait chez l'une, chez l'autre; nos descentes secrètes à la cuisine la nuit pour piquer le pot de nutella, nos sorties dans ce cybercafé où elle prenait toujours un thé et moi un chocolat chaud... Et puis la rupture. Brutale et pourtant longue. Souvent j'en viens à me demander comment on en est arrivées là. Aujourd'hui on ne se voit plus, ne se parle plus... Et je regrette, parfois.